Bien cuire les Shiitake évite les démangeaisons rappelle l’Anses dans son premier bulletin trimestriel « Vigil’Anses »

Nous avions, dans le blog du CEMA, en août 2013 , et mai 2015 à la demande du Docteur Magali Labadie chargée de la myco-toxicologie au sein de la Direction collégiale du CEMA,  évoqué les cas de toxidermie dûs à la consommation de shiitake et lancé un appel aux témoignages à adresser au Centre antipoison de Bordeaux.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail  Anses   s’est vu confier le pilotage de plusieurs systèmes de vigilance. Dans la continuité du bulletin Epitox de l’InVS, l’Anses a souhaité rendre visibles ses activités de vigilance d’où la publication de « Vigil’Anses » bulletin trimestriel.

 Dans le premier « Vigil’Anses », daté de mars 2017, figure au sommaire, un article consacré au Shiitake que nous signale le Docteur Magali Labadie. Voici, ci-dessous, cet article :

 

Champignons Shiitake : attention à la cuisson sinon gare aux démangeaisons !

Shiitake, lentinula edodes, lentin du chêne, docteur magali labadie, Anses, CEMA, Vigil'anses

Photo : J. Guinberteau (Cercle d’Etudes Mycologiques en Aquitaine) Copyright © Informa Healthcare USA, Inc. 2014

 Le champignon Shiitake, ou Lentin du chêne (Lentinula edodes) est le champignon le plus consommé au monde après le champignon de Paris. Originaire d’Asie où il était cultivé en Chine et au Japon, c’est un ingrédient de la cuisine de ces pays et de leur médecine traditionnelle. Arrivé sur le marché européen depuis plusieurs années, il est maintenant cultivé et produit en France. S’il était traditionnellement un ingrédient à cuire, la mode grandissante de la consommation de produits crus peut conduire à une forme d’intoxication très spécifique : la dermatite toxique « en flagelle », extrêmement prurigineuse (photo).

Celle-ci apparait dans les heures ou jours suivant la consommation de Shiitake crus ou insuffisamment cuits, et couvre tout le corps, face et cuir chevelu compris. Décrite pour la première fois au Japon en 1977, son mécanisme physiopathologique n’est pas totalement élucidé. L’agent en cause est le lentin, substance thermolabile (donc détruite par la cuisson) présente dans le champignon et son mécanisme d’action serait de type toxique et non allergique. Le traitement est purement symptomatique, la dermatite toxique finissant par régresser en 2 à 3 semaines. Seule une fraction de la population est susceptible d’être atteinte (de l’ordre de 2 % d’après une étude réalisée au Japon [1]). La quantité de produit ingérée jouerait un rôle et la dermatite peut se réactiver en cas de réingestion. À noter que cette dermatite peut être confondue avec une photodermatose (réaction cutanée après une exposition au soleil) même si l’aspect clinique est différent. En outre, cette dermatite est probablement sous-diagnostiquée, car le lien avec la consommation de champignons n’est pas toujours fait par le consommateur ou son médecin, car cette pathologie est encore mal connue.

Les centres antipoison (CAP) français sont confrontés depuis plusieurs années à des appels de consommateurs présentant cette pathologie. Ils ont publié une série de 15 cas signalés entre janvier 2000 et décembre 2013 [2]. Tous les cas décrits dans cette publication étaient survenus après absorption de champignons Shiitake non cuits, quel que soit le mode de consommation : frais, séché puis réhydraté dans l’eau, poudre ou infusion. Ayant fait part de ce problème à l’Anses, les CAP ont actualisé et transmis en juillet 2015 à la Direction générale de la santé (DGS) les données qu’ils avaient publiées. Au total, 63 cas étaient enregistrés entre 2010 et 2016 mais ils ne reflètent qu’une toute petite partie des cas réels, car il ne s’agit que des personnes qui ont appelé un centre antipoison, ayant fait un lien entre la dermatose et une intoxication. Un communiqué de presse de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a informé le grand public le 21 août 2015 de la nécessité de bien cuire cet aliment. Sur recommandation de l’Anses et afin que le consommateur soit prévenu au moment de l’achat des effets possibles d’une consommation sans cuisson, un arrêté du 5 août 2016 suspend « pour une durée d’un an, la mise sur le marché à destination du consommateur final, à titre gratuit ou onéreux, des champignons des espèces (…) Lentinula edodes, lorsqu’ils sont présentés à l’état frais, en vrac ou préemballés, s’ils ne sont pas accompagnés d’une information claire informant le consommateur de la nécessité d’une cuisson complète avant la consommation ».

Juliette BLOCH

 Références bibliographiques

[1] Mowad CM, Nguyen TV, Elenitsas R., Leyden JJ. Bleomycin-induced fl agellate dermatitis: a clinical and histopathological review. Br J Dermatol 1994; 131: 700-702

[2] Boels D, Landreau A, Bruneau C, Garnier R, Pulce C, Labadie M, de Haro L, Harry P. Shiitake dermatitis recorded by French Poison Control Centers – new case series with clinical observations. Clin Toxicol (Phila) 2014; 52(6):625

 POUR EN SAVOIR PLUS, VOUS POUVEZ CONSULTER

https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/dgccrf/presse/communique/2015/cp-champignon-shiitake.pdf

https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2016/8/5/EINC1622686A/jo/texte

Publicités

Les tubes de Noël

De quels tubes s’agit-il? A Noël on penserait à jingle bells , mon beau sapin ou autre petit papa noël . Point de sapins mais des pins le jour de Noël. Par exemple à Canéjan, en Gironde à deux très grands pas de Bordeaux. Des pins sous lesquels foisonnent des fougères abritant des Chanterelles en tube (Craterellus tubaeformis).

chanterelle en tube, craterellus tubaeformis, Canéjan, CEMA, Michel Pujol, spores

Nous les récoltons en utilisant une petite paire de ciseaux afin de couper leur pied en tube (d’où leur nom vernaculaire) et réduire ainsi la durée du nettoyage avant de les cuisiner. Sautées à la poêle dans un peu d’huile d’olive ou en sauce elles apportent un goût de fête en fin d’année. Leurs « cousines » plus côtières Craterellus lutescens méritent aussi l’attention des myco-cuisiniers. 

chanterelle en tube, craterellus tubaeformis, Canéjan, CEMA, Michel Pujol, spores

chanterelle en tube, craterellus tubaeformis, Canéjan, CEMA, Michel Pujol, spores

Sous le microscope (planches ci-dessus), les spores sont ovoïdes. Marchand souligne l’apicule oblique (ce n’est pas la généralité sur notre récolte). En sporée (planche du haut) nous avons relevé (Piximètre) les dimensions suivantes: (8,2) 8,8 – 12,4 (16,3) × (7) 7,5 – 10,8 (12,3) µm . Q = (1,1) 1,14 – 1,3 ; N = 11 . Me = 11,1 × 9,1 µm ; Qe = 1,2. Les hyphes sont nettement bouclés.

Lors d’une cueillette on prendra soin d’éviter les confusions de proximité car souvent de petites espèces toxiques à lames et non à plis partagent le même biotope. Forme en trompette, plis bien marqués caractérisent entre autre cette espèce. La couleur du chapeau peut être assez grise et le pied plus épais notamment sous feuillus où les tapis de mousses les accueillent volontiers.

M.P.

Bibliographie:

MycoDB

Marchand tome 2, p. 162 et 242 n° 177

Eyssartier&Roux p. 596

Courtecuisse n° 112

Bon p. 306 et 307


Russule charmante et veloutée en terre de vins: Russula amoena Quélet, enquête de Bertrand Lartigue

Lors d’une sortie du CEMA, le 15 octobre, dans le parc d’un château de l’appellation haut-médoc à Ludon (33) nous avons rencontré, entre autres espèces, une jolie russule. Bertrand Lartigue, du CEMA, qui participait à cette sortie, a mené l’enquête macro-microscopique pour la déterminer.

Russula amoena, russule veloutée, russule charmante, sous-section Amoenineae, CEMA, Bertrand Lartigue, microscopie, cystides en baîonette

Voici ses observations:

Lieu de récolte sous des chênes et pins sur terrain acide et siliceux.

russula amoena,russule veloutée,russule charmante,sous-section amoenineae,cema,bertrand lartigue,microscopie,cystides en baîonette

          Chapeau : 4cm, légèrement déprimé, velouté, beige avec des reflets violacés.

          Lames : crème, adnées, quelques unes fourchues, arêtes entières, sporée 2b.

          Stipe 6 x 1,5 cm, blanc, évasé sous les lames, devient caverneux avec l’âge.

          Chair : blanche, violacée sous la cuticule, saveur douce, légère odeur d’artichaut.

          Réactif : phénol couleur cassis.

Russula amoena, russule veloutée, russule charmante, sous-section Amoenineae, CEMA, Bertrand Lartigue, microscopie, cystides en baîonette

          Spores : subsphériques, moyenne 7,6 x 6,4 µm, assez verruqueuses voire spinuleuses, verrues isolées, quelques unes connexées.

Russula amoena, russule veloutée, russule charmante, sous-section Amoenineae, CEMA, Bertrand Lartigue, microscopie, cystides en baîonette

          Poils de la cuticule : ramifiés, la plupart subulés, d’autres se terminant en baïonnettes.

A l’issue de ses observations macro-micro, notre ami Bertrand Lartigue s’est arrêté sur Russula amoena Quélet qu’André Marchand * qualifie de « Russule charmante ». De leur côté, Régis Courtecuisse ** et Guillaume Eyssartier&Pierre Roux*** lui donnent le qualificatif de « Russule veloutée ». En matière d’odeur, Marchand la compare à celle de Lactarius volemus (Triméthylamine), Courtecuisse évoque le topinambour (crustacés en train de cuire), Eyssartier&Roux parlent de « l’odeur typique d’artichaut ou de topinambour.

Enquête mycologique de Bertrand Lartigue

* André Marchand Champignons du Nord et du Midi tome 5 n° 409 (page 28)

** Régis Courtecuisse, Bernard Duhem Guide des champignons de France et d’Europe n° 1416 (page 420)

*** Guillaume Eyssartier & Pierre Roux Le Guide des Champignons France et Europe page 180

Comme des pelures d’orange sur le sol: Aleuria aurantia

Sur terre nue, dans un endroits où le sol a été « fraîchement retourné » (comme le remarquent notamment Eyssartier&Roux à propos de cette espèce*) notre regard a été attiré par des taches orange faisant penser à des pelures de l’agrume du même nom. Après tout, à Canéjan (33) près d’une piste dédiée aux promeneurs accompagnés souvent de leur chien -ou l’inverse- déguster quelques quartiers et rendre l’enveloppe bio-dégradable au sol nourricier n’a rien de surprenant sauf que derrière l’écorce présumée qui écorchait le regard se cachait … un champignon. Ainsi en fin d’après-midi presque entre chien et loup (le temps de pose était très long pour les photos) nous nous sommes attardés devant une troupe de Pézize orangée.

Aleuria-aurantia-MP3.jpg

Vue du dessus (à droite) la partie hyméniale est plutôt lisse et en coupes irrégulières rappelant, sans être fendue, les otidea. Très volutueuse au bord plus clair. Vue du dessous (à gauche) le pied est à peine prononcé, presque inexistant et la chair plus mate à quasi concolore de la partie supérieure.

Aleuria-aurantia-MP.jpg

Microscopiquement, observations dans le Lugol (planche ci-dessus):

 J-, les spores sont ornementées par un réseau à larges mailles. Les asques sont octosporées à sommet non amyloïde et les paraphyses sont droites, septées et en massue somitalement.

Mesures sporales de notre récolte (Piximètre) 

(13,1) 13,4 – 15,1 (15,3) × (6,8) 7,1 – 8,4 (9) µm

Q = (1,5) 1,7 – 2 (2,2) ; N = 33

Me = 14,3 × 7,7 µm ; Qe = 1,9

M.P.

* Le guides des champignons France et Europe aux Editions Belin p.1060

Le Cèpe de Bordeaux … mais aussi du Médoc à la une… du Journal du Médoc

Le Journal du Médoc a ouvert son édition du vendredi 28 octobre sur l’icone automnale d’entre océan et estuaire. Reportage de Mathieu Caurraze qui a recueilli, entre autres informations, nos expériences « cépicoles ». Où mycologie et imaginaire se rencontrent autour de la table.

Cèpe, Médoc, Boletus edulis, Journal du Médoc, Mathieu Caurraze, CEMA, Michel Pujol, Boletus pinophilus, Boletus aereus, Boletus aestivalis

Cèpe, Médoc, Boletus edulis, Journal du Médoc, Mathieu Caurraze, CEMA, Michel Pujol, Boletus pinophilus, Boletus aereus, Boletus aestivalis

Cèpe, Médoc, Boletus edulis, Journal du Médoc, Mathieu Caurraze, CEMA, Michel Pujol, Boletus pinophilus, Boletus aereus, Boletus aestivalis

Il fait feu de (presque) tout bois

 

Laetiporus-sulphureus-MP-CE.jpg

Rencontré hier samedi dans un parc de Gradignan (33170) sur de grosses bûches de feuillus, peut-être de chêne, le Polypore soufré développe ses étages en console sur beaucoup d’essences: eucalyptus (Corse septembre 2012) , robinier, hêtre et prunus (récoltes 2009), platane etc… 

Dimanche c’était la seule espèce de champignon à apparaître alors que le biotope se prêtait à une grande diversité mais les pluies récentes n’avaient pas encore réveillé la fonge.

Un lentin « de la sécheresse »

Lentinus-lepideus-tête-MP-C.jpg

Ce Lentin que nous avons rencontré sur un tronc de résineux moussu à terre depuis bien longtemps était seulabre sur son arbre. Il ne justifiait pas ici son appellation de suffrutescens qui, si l’on en croit le Dictionnaire étymologique des noms scientifiques des champignons d’Yves Bresson édité en 1996 par l’Association Mycologique d’Aix en Provence, signifie: « produisant quelques rejetons, subcespiteux ». En consultant Mycodb on voit des images de cette espèce justifiant les rejetons et le caractère cespiteux. En revanche les épithètes squamosus (écailleux, squameux, rugueux) et lepideus (couvert d’écailles, de squames) lui collent ici à la peau de la tête au pied.

On remarquera dans notre illustration de tête plusieurs appellations binomales dont la première partie va de Panus à Neolentinus en passant par Lentinus. Pierre Roux dans Mille et un champignons (2006 pages 286 et 287) le place dans la tribu Lentineae Fayod (chair coriace présentant au microscope une structure dimitique; boucles+; avec ou sans cystides métuloïdes), dans le genre Lentinus Fr. (lames non fourchues; chair charnue et coriace), dans le sous-genre Panus (Fr.) Pegler (hyphes squelettiques ou squeletto-ligatives le plus souvent non rameuses, « hyphal pegs » absentes, cystides parfois présentes) et enfin dans la section Squamosi Fr. (arête dentelée, pas de gléocystides ou de cystides métuloïdes).

Dans la littérature (papier et numérique) il est décrit comme apparaissant « plus facilement les années de sécheresse ». Il est vrai que le 30 juillet sur le lieu de notre récolte on comptait les espèces présentes sur les trois doigts d’une même main. 

Les auteurs (voir bibliographie en pied d’article) soulignent aussi son odeur « aromatique », « un peu de cannelle ou parfois anisée », « de cannelle ou de dentifrice ».  Sous notre exemplaire, donc on se gardera bien de généraliser, nous percevons une senteur légèrement d’alcool fruité puis une note de cannelle et à tout le moins d’épice à la dessication laquelle jaunit le sporophore.

Lentinus-lepideus-planche-M.jpg

Autre caractère outre les squames (sur notre planche ci-dessus chapeau haut droite, stipe pied centre), des lames denticulées (bas doite).

Lentinus-lepideus-spores-M..jpg

La sporée est blanche. Les spores cylindriques à cylindriques elliptiques apparaissent bien guttulées dans le lugol (notre photo) et seulement finement granuleuses dans le congo. Leurs dimensions moyennes pour notre récolte sont de 9,9×3,7µm. Breitenbach, par exemple, indique 7,5-12×3-4,5µm.

Lentinus-lepideus-décurrent.jpg

Les lames sont nettement décurrentes

Etude Michel Pujol

Bibliographie Courtecuisse&Duhem n° 140; Eyssartier&Roux p. 550; Bon p. 122; Breitenbach vol.3 n° 238; Roux p.292

Sur le Net: Mycodb ; Groupe Mycologique VosgienChampYvesMycocharentes 

Fomes fomentarius: en arrivant aux pores

amadouvier,boletus fomentarius,fomes fomentarius,pyropolyporus fomentarius

« Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant aux… pores »

La lectrice et le lecteur rectifieront d’eux-mêmes en arrivant à bons ports

En 1636, quand il publia Le Cid, Pierre Corneille ne pouvait ignorer l’existence de l’Amadouvier. Ce champignon de feu était utilisé depuis des siècles. On le retrouva en effet -rappelez-vous- dans le sac du chasseur  Ötzi découvert naturellement momifié dans le sud du Tyrol.

Vraisemblablement le chasseur préhistorique, qui avait ce tour dans son sac, ne s’en servait que pour allumer le feu. Connaissait-t-il les autres vertus prêtées à Boletus fomentarius (ainsi nommé par Linné son premier auteur en 1753)?

Selon Wikipedia « son nom renvoie à l’amadou, mot d’origine provençale qui signifie [amoureux], en allusion à sa capacité à prendre feu. Le nom binominal scientifique Fomes fomentarius se traduit, lui, littéralement par [combustible à pansements]. » Des vertus cicatrisantes et hémostatiques lui sont reconnues depuis longtemps. Plus récemment, une étude incite à trouver à Pyropolyporus fomentarius (L. ex Fr.) Teng (sa dernière appellation) un caractère antitumoral potentiel. Laissons le soin aux professionnels de la médecine de faire le tri scientifique dans l’univers des nombreux champignons dits médecinaux mais notre Amadouvier qui fait feu de tous bois et panse les petits bobos ne peut apparaître que très utile. A la question rituelle ça se mange? C’est déjà très dur de le dégager de son support qu’on a plus la force de le croquer et on ne sait pas encore s’il calme le mal aux dents. 

Il nous incite à revenir à Pierre Corneille du début de notre chronique qui, en versifiant de la prose de Molière dans son FESTIN DE PIERRE, prête à Sganarelle s’adressant à son maître Don Juan ces quelques vers:

 » Avec mon petit sens, mon petit jugement,

Je vois, je comprends mieux ce que je crois comprendre,

Que vos livres jamais ne pourroient me l’apprendre.

Ce monde où je me trouve, et ce soleil qui luit,

Sont-ce des champignons venus en une nuit?

Se sont-ils faits tout seuls?

C’était peu avant la naissance de la mycologie.

M.P.

amadouvier,boletus fomentarius,fomes fomentarius,pyropolyporus fomentarius

Bibliographie

Courtecuisse&Duhem n° 89; Bon p.320; Eyssartier&Roux p.1022; Borgarino&Hurtado p.69; Marchand T.3 pl.286

Sur le Net Champ Yves ONF Mycorance MycoDB mycocharentes

video  allumer le feu youtube 

Au gré de nos pas: le col de Manté en Haute-Garonne

Prendre de la hauteur. 1349m le col du Manté, commune de Boutz, en montant après Saint Béat, avant d’arriver à la station du Mourtis à quelques tours de pédales du col. « Relie la vallée de la Garonne (dénivelée de 848 m) à la vallée du Ger (dénivelée de 549 m) » dixit Wikipedia. Juillet. L’auberge La Soulan (accueil très sympathique) résonne. Entre cloches de vaches de l’estive (certaines sont des blondes d’Aquitaine) cyclistes espagnols, touristes scandinaves, britanniques et … mycologues qui parlent un peu latin Babel babille.

bois-manté-CEMA-MP.jpg

Nous n’y étions pas venu faire du vélo sinon escalader les pentes de la hêtraie sapinière en prenant soin de souffler dès le premier champignon venu et, éventuellement, faire une pose photo. Cela en compagnie de la Société Mycologique du Comminges (SMC) organisatrice de cette rencontre au sommet à la date du 24 juillet avec la Société Mycologique du Béarn (SMB) et l’ Association Mycologique de Bigorre (AMB).

Morne plaine sèche girondine et riche fonge montagnarde. Cet été, assurément, il faut prendre de la hauteur pour rencontrer le fruit de notre passion. Bref pousser loin et surtout haut pour quelques pousses alors pourquoi ne pas découvrir Menté.

Boletus-calopus-CEMA-MP.jpg

Dès la veille de la rencontre, nous observions notamment, en repérage, en assez grand nombre Megacollybia platyphylla et Collybia dryophila colonisant le tapis humide des feuilles de hêtre, quelques russules ça et là en particulier des charbonnières aux lames lardacées, Amanita rubescens à tous les stades de croissance de même qu’ Amanita vaginata, bon nombre de lignicoles et un petit bolet amer (ci-dessus). 

Manté-détermination-CEMA-MP.jpg

Le lendemain près d’une cinquantaine de Commingeois, Béarnais et Bigourdans allaient sillonner les sous-bois et récolter autour de soixante dix espèces différentes recensées lors de la traditionnelle séance de détermination dirigée avec bienveillance par le Président Rémi Sarraute. Ambiance amicale, festive et conviviale garantie, à « fracasser » une table de gaieté.

Au gré de nos pas, quelques poses photo:

col de manté,société mycologique des comminges,société mycologique du béarn,association mycologique de bigorre,amanites,lignicoles,cema,tremella aurantia,boletus calopus,michel pujol,rémi sarraute,yves cestac,christophe cobo

Bolets amers en nombre

Amanita-junquillea-CEMA-MP.jpg

Amanita-rubescens-CEMA-MP.jpg

Amanita-vaginata-CEMA-MP.jpg

Quelques amanites

Phallus-impudicus-CEMA-MP.jpg

Le satyre puant ami des mouches, image fixe

Le même en video

Panus-conchatus-CEMA-MP.jpg

Trois-lignicoles-CEMA-MP.jpg

Phellinus-hartigii-CEMA-MP.jpg

Stereum-hirsutum-CEMA-MP.jpg

Quelques lignicoles et…

Tremella-aurantia-CEMA-MP.jpg

… cerise sur le gateau ou plutôt sur Stereum hirsutum qu’elle parasite cette très belle trémelle.

Michel Pujol

Les espèces rencontrées

Amanita excelsa ; A. gemmata ; A. rubescens ; A. spissa ; A. vaginata ; Boletus calopus ; B. erythropus ; B. aestivalis ; Calocera cornea ; C. viscosa ; Cantharellus friesii ; C. pallens ; Clitocybe gibba ; Chlorociboria aeruginascens ; Coltricia perennis ; Crucibulum laeve ; Cudonia circinans ; Dacrymyces stillatus; Ditiola pezizaeformis (=Femsjonia P.) ; Hapalopilus rutilans ; Hydropus marginellus ; Clitocybe clavipes ; Collybia aquosa ; C. confluens ; C. dryophylla ; Fomes fomentarius ; Fomitopsis pinicola ; Fuligo septica ; Ganoderma carnosum ; G. lipsiense ; Gyroporus cyanescens ; Hydnum rufescens ; Hydropus marginellus ; H. subalpinus ; Hypholoma fasciculare ; Lactarius picinus ; Lactarius lignyotus; Lenzites betulina ; Lepiota ochraceosulfurescens ; Lycogala epidendron  ; Marasmiellus (=setulipes) androsaceus ; Marasmius aillaceus ; M. rotula ; Megacollybia platyphylla ; Mycena pelianthina ; M. pura ; M. vitilis ; Oudemansiella mucida ; O. radicata ; Panus conchatus ;  Phallus impudicus ; Pholiota astragalina ; Polyporus ciliatus ; P . durus ;P. varius; Porphyrellus porphyroporus ; Pterula multifida ; Pycnoporus cinnabarinus ; Resupinatus trichotis; Russula amoena ; R. aurea ; R. cyanoxantha ; R. cyanoxantha var. peltereaui ; R. grisea ; R. heterophylla ; R. vesca ; Schyzophyllum commune ;  Stereum hirsutum ; S. insignitum ; S. subtomentosum; Stropharia semiglobata ; Trametes gibbosa ; T. hirsuta ;T. pubescens; T. versicolor ; Tremella aurantia ; T. foliacea ; T. mesenterica ; Trichaptum abietinum ; Xerocomus chrysenteron.

Eté/chaleur = espèces thermophiles = verdettes

Russula-virescens-MP.jpg

Pas besoin de décrocher la Lune qui n’en peut mais dans la vie rêvée des mycophages mais de décocher quelques rayons du Soleil pour qu’apparaissent quelques Russules verdoyantes. La mycoastrologie retiendra que le Soleil est bien une Etoile d’où la forme de la verdette de droite écartelée par tant d’ardeur solaire.

Un Scléroderme « peau de léopard »

Scleroderma-areolatum-MP.jpg

Rencontrés sous couvert de feuillus tout près d’un chemin dans la ripisylve de l’Eau Bourde à Canéjan (33) ces sclérodermes étaient une des rares espèces présentes en ce jour de sécheresse récurrente.

Macroscopiquement ils se différencient notamment par leur taille (1 à 3 cm de diamètre pour notre récolte) du Scléroderme vulgaire plus massif et au péridium plus épais et craquelé une fois mature. La famille Sclerodermataceae est d’ailleurs caractérisée (Courtecuisse p. 67) par « péridium épais, rhizomorphes fréquents, spores brunes, globuleuses, verruqueuses ou réticulées ».

Chez Scleroderma areolatum les rhizomorphes abondent ainsi que le montre notre photo ci-dessus où des grains de sable s’y accrochent. Le caractère sans doute le plus discriminant est la ponctuation aréolée du revêtement de ce gastéromycète (détail ci-dessous en haut à droite). Certains auteurs parlent de « peau de léopard ». D’autres évoquent une odeur faible de caoutchouc que nous avons ressentie sur notre récolte surtout dans la phase de primo-dessication.

Scl.-areolatum-pl-MP.jpg

Microscopiquement (montage ci-dessus) les spores (11,4 X 11µm en moyenne dans notre étude) sont globuleuses et nettement épineuses.

M.P.

Bibliographie: Eyssartier&Roux p. 1048; Courtecuisse&Duhem n° 1727; Bon p.302

Sur le Net (par exemple)Myco DB mycocharentes mushroomexpert fauneflore-massifcentral.fr

Tiques: prudence!

Tique Wikipedia.jpgLes chercheurs de champignons doivent être attentifs à la présence des tiques dans la nature. Elles attendent le passage d’un animal à sang chaud pour tomber d’une plante, fougère ou autre, et se nourrir du sang de leur proie en plantant leur rostre.  La bestiole gonfle alors et se repère ou pas sur la peau. Elle risque de transmettre la maladie de Lyme  Le Journal Sud Ouest évoque ce matin (lien précedent) l’appel lancé au gouvernement par une centaine de médecins qui estiment que « la maladie de Lyme, transmise par les tiques, est sous-diagnostiquée et mal soignée en France. 

Six comme le mois de juin

Photographies de six espèces courantes, immobiles sur l’objectif en cette fin de mois de juin dont trois qui éveillent les papilles.

Boletus-aestivalis-MP.jpg

Ce Bolet réticulé n’a pas été dégusté ayant déjà fait les délices externes de limaces et plus intimes de vers mignons. Il a néanmoins attiré l’attention de sa station où seront guettés, plus tard, ses congénères.

Russula-virescens-MP.jpg

En revanche les Verdettes, d’ailleurs présentes sur plusieurs stations, ont eu l’honneur de l’assiette.

Cantharellus-pallens-MP.jpg

De même que ces Girolles pruineuses fidèles au pied de leur chêne mais s’aventurant hors sol en moins grand nombre cette année alors que des cémaistes lot-et-garonnais ont rempli quelques paniers de ces champignons tout jaune.

Amanita-fulva-MP.jpg

Quand le fauve montre ses dents. Cette amanite délicate mérite une pause pose pour en saisir l’élégance.

Russula-delica-MP.jpg

Elle a tout d’un lactaire sans le lait cette russule…

Gymnopus-fusipes-MP.jpg

Enfin, en sixième position comme le mois de juin sur le calendrier, ces collybies ont quelque peu séché sur leurs pieds en fuseau bottés par quelques déchets de bois cachés par la mousse.

 

Amanites de printemps suite: SOUVENIRS-SOUVENIRS… 2

A la suite de notre dernière notule à propos des Amanites printanières landaises, Jacques Guinberteau, co-fondateur et conseiller scientifique du CEMA, qui a depuis longtemps fréquenté ces espèces sur le terrain, les a étudiées et décrites, nous confie quelques unes de ses archives.

Après un premier volet  publié hier et relatant notamment l’historique de leur médiatisation dans le « mundillo myco » voici la deuxième partie de notre retour SOUVENIRS-SOUVENIRS extraite des archives confiées par Jacques Guinberteau:

– un PDF AmanitesLandaises.pdf d’un article paru en 2002 dans le Bulletin mycologique et botanique Dauphiné-Savoie sous la signature de Jacques Guinberteau et Pierre-Arthur Moreau intitulé « Notes de récolte sur les amanites vernales landaises » où il est aussi question de Amanita decipiens, A. curtipes, A. ponderosa outre le « tiercé » boudieri-beillei-gilbertii.

– et quelques photos in situ

Amanita beillei

Amanita beillei_Photo JG0209.jpeg

Amanita beillei_Photo JG0265.jpeg

Amanita beillei_Photo JG0305.jpeg

Amanita boudieri

Amanita boudieri_Photo JG0215.jpeg

Amanita boudieri_Photo JG0279.jpeg

Amanita gilbertii

Amanita gilberti_Photo JG0199.jpeg

Amanita gilberti_Photo JG0206.jpeg

Amanita gilbertii_JG9501.jpeg

 Amanita gilbertii_Photo JG0262.jpeg

Le 8 mai 2008 avait été moins poussif que celui de 2016 ou plutôt … plus riche en pousses. Un grand merci Jacques G. 

 

Les champignons et la Mycoliste au cœur de la 6ème Journée scientifique Toxicologie et Médecine d’urgence au CHU de Bordeaux

Il a aussi été question des envenimations par les araignées en France et même de crapaud mais le CEMA, participant à la Mycoliste (voir plus loin), invité à cette 6ème Journée scientifique Toxicologie et Médecine d’Urgence était attentif et peut-être un peu plus compétent en matière d’intoxications par les champignons. Présentées plus en avant qu’en … toile de fond, les sujets champignons étaient abordés en effet en début de programme.

Cette journée validant le Développement Professionnel Continu était organisée par le Pôle Médico-Judiciaire et le Pôle Urgences Adultes, SAMU-SMUR du CHU de Bordeaux (Comité organisateur: Dr Regis Bedry, Dr Magali Labadie et Dr Françoise Penouil). Elle rassemblait plus de quatre vingt participants de toute la France, des professionnels, médecins, pharmaciens, urgentistes et autres scientifiques confrontés à des cas cliniques où de bonnes connaissances actualisées peuvent permettre l’application de thérapeutiques les mieux adaptées en fonction des moyens à disposition pas forcément à proximité immédiate. 

Toxico-CHU-Bordeaux.jpg

Parmi les intervenants, à gauche, Dr Régis Bedry, Pôle Médico-Judiciaire, responsable de l’Unité Sécurisée Inter-Régionale CHU Bordeaux; en haut à droite Dr Magali Labadie, Pôle Urgences Adultes, SAMU-SMUR, Responsable médical du Centre Antipoison et de Toxicovigilance Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, Dr Gaël Le Rouxet Dr Chloé Bruneau Centre antipoison et de Toxicovigilance CHU Angers, Dr Antoine Villa Centre antipoison et de Toxicovigilance Paris; en bas à droite Dr Odile Pillet, Michel Pujol (CEMA) modérateurs pour les trois premiers sujets concernant des champignons.

Il revenait au Dr Antoine Villa (CAP Paris) de traiter de l »identification d’un champignon toxique au Centre Antipoison: intérêt de la [Mycoliste]« 

Mise en place en 20014 la Mycoliste compte aujourd’hui 53 mycologues référents de toute la France (dont quatre du CEMA) à qui les Centres Antipoison adressent, par mail, photos et informations sur des champignons suspectés d’avoir provoqué des intoxications ou suscitant des inquiétudes (gamins ayant croqué des champignons, doutes d’adultes sur espèces déjà consommées, par exemple). Le but est d’identifier rapidement l’espèce et d’en induire un traitement médical approprié. Gagner du temps et viser le plus juste possible.

En 2014 il y a eu 355 demandes d’identification et 302 en 2015 avec des pics, logiques, les mois de septembre octobre et novembre. Dans le top 5 des espèces en cause, le Bolet de Satan (Boletus satanas), le Clitocybe de l’olivier (Omphalotus illudens), l’Agaric jaunissant (Agaricus xanthodermus) et la redoutable Amanite phalloïde (Amanita phalloïdes) responsable de la majorité de décès par ingestion de champignon.

La moyenne de temps de réponse par les mycologues de la Mycoliste est de 19 minutes a calculé le Dr Antoine Villa qui soulignait qu’à quatre heures du matin il y avait aussi des réponses… Précisons qu’il n’est pas demandé aux mycologues d’assurer une veille au contraire des CAP qui, pour y faire face certains jours élargissent leurs zones d’interventions certains jours notamment à Bordeaux, Toulouse et Marseille. Selon les cas il peut y avoir une identification recoupée par un autre mycologue et des échanges d’expérience à partir d’un cas clinique propice à la discussion.

Parmi les buts recherchés, il s’agit aussi d’identifier de nouvelles espèces toxiques. Anciennement on connaissait les risques du Bidaou , plus récemment le shiitake est impliqué dans des cas de dermatites flagellaires et aujourd’hui on enregistre des intoxications dans certaines conditions (pas bien cuites, grosses quantités) avec des morilles. Comestible aujourd’hui en fonction des connaissances actuelles et il reste encore beaucoup à découvrir en matière de toxicité des champignons sans oublier que vous mangez ce que les champignons mangent et transforment. Attention aux lieux de cueillette pollués et aux quantités ingérées, aux vieux bouquins aujourd’hui dépassés. Prudence et modération même si c’est gratuit car l’addition peut être lourde.

Dans son intervention sur le « Nouvel algorithme diagnostique des intoxications par les champignons » le Dr Régis Bedry (Unité Sécurisée Inter-Régionale – CHU Bordeaux) détaillait les procédures classiques et nouvelles pour dresser un tableau des cas cliniques et agir en conséquence, une démarche complexe pour un béotien qui retient que les ressources scientifiques s’affinent et que le monde médical adapte au présent ses clés de lecture et d’actions. Régis Bedry relevait que Amanites et Cortinaires demeurent les cas « les plus graves ».

Aussi était-il important que dans le cadre de ce séminaire de toxicologie en partie dédié aux champignons le DR Chloé Bruneau (Centre antipoison et de Toxicovigilance -CHU Angers) fasse le point sur « Les intoxications phalloïdiennes : protocole de prise en charge« . Il y était rappellé, point d’Histoire, les expériences du Dr Bastien, personnage atypique et les progrès face au syndrome phalloïdien (qui apparaît tard) « responsable de 90 à 95% des décès » par ingestion de champignon. L’utilisation notamment aujourd’hui de Silymarine/Silibiline (LEGALON SIL®) et parfois des greffes de foie accroissent les chances de survie. Il y a encore des décès. 

Am.-phall.-Mycoliste.jpg

Deux exemples de photos où Amanita phalloïdes a été reconnue et authentifiée par les mycologues de Mycoliste

« Les intoxications par les champignons comestibles Shiitaké » ont aussi fait l’objet d’une communication par le Dr Gaël Leroux (Centre Antipoison et de Toxicovigilance-CHU Angers). Outre ce que nous avions évoqué dans notre blog ( dermatites flagellaires ) et des cas cliniques apparus depuis il a été  précisé que dans des champignonières où sont cultivés les shiitake des travailleurs ressentaient des manifestations eczematiformes.

Bilan d’une année d’expositions par champignons

Enfin, hors séminaire mais pas hors sujet et en rapport avec les acteurs réunis à Bordeaux, nous donnons ci-dessous quelques éléments tirés d’un bilan des « expositions par champignons en 2014 » établi par le Dr Chloé Bruneau (CAPTV Angers). L’InVS et le CAPTV d’Angers assurent une veille sanitaire nationale des intoxications par champignons recensées par l’ensemble de CAPTV. 

Plus de 2200 cas d’exposition par ingestion de champignons ont été recensés du 1er janvier au 31 décembre 2014. Pour chaque dossier ont été pris en compte les critères d’imputabilité, de gravité, le syndrome mycotoxique, la détermination de l’espèce de champignon incriminée et/ou le dosage de mycotoxines spécifiques, l’identification formelle par le réseau « Mycoliste » (lorsqu’unephotographie des champignons incriminés était disponible).

Il en ressort que, en 2014, sur plus de 2200 cas d’exposition recensés, près de 2000 ont été inclus dans l’étude. Parmi les plus de1200 cas symptomatiques , un syndrome mycotoxique a pu être déterminé dans près de 800 cas. « Le syndrome résinoidien était de loin le plus fréquent et le moins grave avec 72% des syndromes identifiés. Avec plus de 50% de gravité forte … le syndrome phalloïdien restait le syndrome le plus pourvoyeur de décès…. 43% des cas asymptomatiques concernaient une ingestion accidentelle par un enfant »

Dans le tableau dressé par

– syndromes mycotoxiques (résinoidien,sudorien,panthérinien, narcotinien, coprinien, phalloïdien, orellanien, neurotoxique aux morilles, dermatite flagellaire) – gravité (faible, moyenne, forte, décès)                                                            – principale espèce recherchée/principale espèce en cause identifiée

on compte deux décès consécutifs au syndrome sudorien (près de 80 cas), trois autres décès liés au syndrome phalloïdien (près de 40 cas); cinq situations sont estimées de gravité forte suite à un syndrome panthérinien (près de cinquante cas) et quatre de gravité forte également (7 cas) dues au syndrome orellanien.

Au chapître de la gravité faible ou moyenne, étant entendu que celles et ceux qui en ont soufert n’ont pas trouvé cela anodin, on trouve le syndrome résinoïdien (un peu plus de 550 cas), le syndrome neurotoxique aux morilles (plus de 20 cas) et la dermatite flagellaire (4 cas).

En conclusion de ce bilan le Dr Chloé Bruneau précise qu »il s’agit de la première série nationale combinant une analyse systématique syndromique et une expertise mycologique. Les intoxications par champignons restent un problème de santé publique et la veille nationale permet en temps réel d’alerter les autorités publiques, à des fins d’information et d’informer le public, tout en identifiant rapidement les syndromes émergents ».

Problème de santé publique, alerter les autorités publiques: on ne peut que souscrire à cette réalité. Cet état des lieux devrait conduire, à notre avis de mycologue souvent sur le terrain pour guider entre autres des sorties champignons avec le grand public mycophage, mycophile et passionné, à des campagnes de sensibilisation de la part des autorités publiques qui ne manquent pas de spécialistes en communication… Aidés par quelques mycologues, actifs sur la Mycoliste, l’idée peut faire son chemin jusqu’à l’automne avec ses pics de consommations et d’intoxications.

Michel Pujol 

Toxico-CHU-Bx-salle.jpg

Venus de toute la France, plus de quatre vingt acteurs de notre santé d’urgence.

Champignons d'Aquitaine et d'ailleurs