HOHENBUHELIA PETALOIDES Printemps-été sur le BRF et incursions en prairies (suite2) par Jacques Beck Ceccaldi (deuxième volet)

Nous publions le deuxième volet d’une étude (19/5/2016  blog wordpress ) de Jacques Beck Ceccaldi, co-fondateur du CEMA et chargé des études mycologiques, consacrée à quelques espèces rencontrées depuis le début de printemps sur le BRF et en prairies.

Après Agrocybe dura , focus aujourd’hui sur Hohenbuehelia petaloides  (Bull. :Fr.) Schulzer

A paraître dans de prochaines notes  Hypholoma fasciculare, Micromphale brassicolens, Pluteus pearsonni et Stropharia coronilla . Récoltes faites en Gironde – Bordeaux et environs. Mai- Juin- Juillet 2016

Hohenbuehelia petaloides  (Bull. :Fr.) Schulzer

Pleurote pétaloïde

    Ordre : Tricholomatales Famille : Pleurotaceae  Genre : Hohenbuehelia

Genre dédié à  Hohenbuehel      du grec : petalon = pétale, spatule.

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Récolte : pelouse du petit parc entourant la Mairie de Lormont (altitude 55 mètres) plein été avec une pluviosité si faible que l’eau n’est pas parvenue au sol sous les arbres. Du 24 juillet au  08 aout 2016.

Substrat : herbe de la pelouse en bonne santé et bien entretenue, humidité du sol ressentie (la main dans l’herbe) mais faible, en plein soleil, pas d’épiphytie visible. Pas le moindre débris ligneux aperçu alors que les auteurs indiquent toujours … en relation avec du bois enterré ….

Notez bien : pour l’instant nous n’avons pas réussi à savoir si l’arrosage enterré avait fonctionné les jours précédents ( ?).

Mode de développement : très lent pour cette douzaine d’exemplaires en rond de sorcière (diamètre 2,5 m.) qui 12 jours  plus tard ne semblent pas s’être développés sinon excessivement lentement mais n’en sont pas pour autant affectés. La première couleur très pâle ne s’est colorée que lentement d’ocre jaune mêlé de brun rouge.

Chapeau : (voir planche 1) 4 à 6 cm, en spatule plus ou moins courbée, très gélifié, blanchâtre pâle vers la marge puis ocre brun plus marqué. Lames : blanches, serrées, étroites, anastomosées décurrentes jusqu’au bas du pied et brunissantes.  Stipe : très court et latéral, pubescent.  

Odeur : « *… l’odeur fongique de cette espèce, celle de la farine, est la plus répandue chez les champignons. Le modèle ou « étalon »servant à définir cette odeur est le composé chimique suivant : heptylate de phényl-éthyle + acétate nonylique + isobutyle quinoléine. Son analogie se rencontrerait dans les fleurs de châtaignier, les stigmates de maïs, la colle de pâte ou la farine malaxée avec de l’eau. …»

Description microscopique :

Basides : banales, petites, tétrasporiques.

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Sporée : blanche à crème pâle. Spores : 6-8,5 x 4,5-5,5 µm, lisses (?) ellipsoïdes, apiculées sans pore germinatif (voir planche 2).

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Cheilocystides nématophages : (voir planche 3) sur la marge des lames, les mêmes que dans de nombreuses hohenbuehelia. Elles ont la forme d’une petite bouteille 10-20 µm x 3-10 µm à ‘goulot’ (souvent ramifié) en forme de sablier 6 x12 µm de 1 à 3 ou 4 étranglements qui supporteront une boule de mucus de 3 à 6 µm de diamètre appelée « gliosphex » (voir planche 4) c’est un organe   adhésif, paralysant et infectant.

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Ces boules  forment un bourgeon  qui perfore la cuticule du nématode et se développe en interne. De là apparaîtra un suçoir qui, en se ramifiant, digèrera les tissus et les organes du ver.

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Cystides oxalifères : (métuloïdes) appelées aussi lamprocystides (voir planche 5 et 6)  sur la marge des lames où nous observerons l’absence ou la présence de celles-ci 40-60(90)x12-18 µm à parois épaisses, mêlées  en nombre plus ou moins grand selon les récoltes et même sur une seule station, parmi chaque individu récolté. Sur la face des lames sont présentes de très nombreuses pleurocystides oxalifères  à parois épaisses, 50-100 x 15 à 25 µm.

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Le revêtement du chapeau (suprapellis ou épicutis) est fortement gélifié en surface et entre les couches internes, ce qui rend l’observation de ces couches et le contenu éventuel un peu délicat. Inclus en ordre très dispersé ou en « fagots » irréguliers dans la première couche d’hyphes, appelé cutis, des cystides subulées (planche 7 -piléocystides) à parois épaisses, longues et étroites mais moyennement nombreuses mesurent 25-60 (90) x 5-8 (12) µm.

Dermatocystides ou hyphes primordiales acidorésistantes : non observées.

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Boucles et anastomoses purement végétatives : (voir la planche 8) « ⃰ ⃰⃰ …importance du transport et de l’échange des matériaux nutritifs, des excitations et stimulations diverses… ».

 a – anastomoses en H (télémorphogénèse, modification de la morphologie) par stimulation réciproque de 2 filaments parallèles et très proches (3 à 5 µm.) qui vont former « un pont ».

b – anastomoses en crochets, crampons ou boucles.

c- anastomose de filaments à filaments (non observée ici mais rencontrée lors des observations.) « **…Ces différentes anastomoses doivent réaliser une meilleure constitution des complexes mycéliens par la régulation des courants cytoplasmiques… » 

Les cloisons possèdent un pore central (environ 1 µm de diamètre) qui peut être colmaté éventuellement et permettre l’afflux aux extrémités des hyphes des noyaux, des matières nutritives  et  la régénération éventuelle d’une cellule endommagée.

Les prédateurs des nématodes

« ***Certains  hyphomycès sont de véritables prédateurs des nématodes en ayant mis au point des pièges complexes (systèmes en réseaux ou anneaux simples) à boucles, anses, suçoirs, directement sur les hyphes du mycélium. Les espèces ne se servant pas de ces systèmes se contentent de boucles collantes. »

Remarques : Dans le cas des hohenbuehelia nématophages, le piège est situé sur la marge des lames sous la forme de cystides porteuses de gliosphex et mêlées  aux basides et cystides coiffées d’oxalate de calcium (suivant la présence ou l’absence de ces dernières). Il semble qu’il s’agisse là d’un système de défense plutôt que d’une véritable prédation.

Dans nos trois passages à 4 jours d’intervalle, pour la même station, nous avons réalisé 2 à 3 observations microscopiques pour chacun des champignons ramassés (3 – 2 – 2) et constaté que la première récolte ne possédait aucune cystide oxalifère sur la marge mais seulement des pleurocystides alors que les 2ème et 3ème étaient garnies de ces cystides en nombre faible à important.

Etude Jacques Beck Ceccaldi

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*d’après M. LOCQUIN     Mycologie générale – Masson 1984 p. 342

** M. Langeron – Précis de Mycologie – Masson 1945 p. 161

***d’après Dreschler : Some hyphomyces that prey on free living terricolous nématode. Mycologia, XXIX, 1937 p. 467.

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