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Le Bidaou à risques mortels

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Qui ne connait pas le Bidaou sur la Côte atlantique! Il y est présent en ce moment (récolte du 21 décembre à Lacanau sur notre planche). Sa consommation, certes dans des conditions particulières de « surconsommation », a provoqué des intoxications mortelles. Le principe de précaution est de mise: à regarder, reconnaître, photographier, étudier, comparer… Ne pas manger.

 

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Bidaou, méprises, dégradations, surconsommation à risques mortels

Vu du dessus , pour des yeux endormis par l’habitude ou non avertis, le Bidaou (Tricholoma auratum) peut être confondu avec la Phalloïde et réciproquement. De plus la surconsommation de cette espèce « culte » de la côte océane a tué ces dernières années. A l’heure où l’ Institut de veille sanitaire annonce 664 cas d’intoxications dont 3 décès (parmi lesquels un en Aquitaine) liés à la consommation de champignons au cours des trois dernières semaines ouvrons grands les yeux et ne consommons pas n’importe quoi, n’importe où et n’importe comment

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Ce Bidaou très enterré dans la terre sableuse du littoral à l’ombre des pins maritimes ne laissait apparaître aux yeux des marcheurs que le dessus de son chapeau jaune verdâtre lavé de brun. Ses lames bien jaune doré (d’où auratum) n’étaient mises au jour qu’en le dégageant largement de son trou. Pas d’anneau ni de volve pour ce champignon ferme, massif et quasi incrusté de grains de sable.

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 Pas très loin du Bidaou cette Phalloïde enterrée également, au chapeau jaune verdâtre, plus arrondi et fibrilleux certes mais une cueillette rapide et avide peut conduire au mélange et à la méprise fatale. Ici le pied blanc et non jaune portant anneau et chaussé d’une volve épaisse et engainante, les lames d’un blanc immuable, ne laissent pas de doute sur sa nature d’Amanite et non de Tricholome. Encore faut-t-il cueillir dans leur entier les champignons, les retourner, les sentir, les observer sur toutes les coutures et les blessures. Elémentaire sauf que les Watson du dimanche et même du samedi ne sont pas forcément des fans de  Sherlock Holmes et de sa loupe grossissant tous les détails d’une enquête ici mycologique. Remarquons au passage que certains indices sont loin d’être élémentaires. Par exemple, les limaces mordent à pleines.. bave les phalloïdes. Pas nous sinon une seule fois!

 Nous le disions plus haut, le Bidaou a été à l’origine d’intoxications mortelles (2) chaque fois dans un tableau de surconsommation en sachant que « la dose » en matière de toxicité de champignon varie selon les individus, leur âge, leur état de santé général etc. et que pour certaines espèces il peut y avoir un phénomène d’accumulation qui conduit à des problèmes avec une « dose » moins importante que les fois précédentes (avec la même espèce) où il ne s’est rien passé.

A l’heure où nous mettons en ligne cette chronique nous n’avons pas eu connaissance, cette saison, d’une intoxication causée par le Tricholome doré dans notre région. L’Institut de veille sanitaire (1) a fait mardi un bilan national qui rappelle à la prudence en matière de cueillette et de consommation. Jacques Guinberteau notre conseiller scientifique et le docteur Magali Labadie membre de notre association, responsable médical du Centre antipoison et de Toxicovigilance de Bordeaux sont intervenus sur l’antenne de FR3 Aquitaine (3). 

Personnellement, nous ne consommons plus de Bidaou et conseillons de faire pareil. Plus important à nos yeux est le respect des biotopes retournés, « massacrés », ratissés au propre et au figuré. Là où Attila passait plus rien ne repoussait. Valable pour les Huns jusqu’en 453 et pour les autres en 2012. Les autres c’est pas nous, c’est pas vous, qui aimons à retrouver nos champignons dans une nature préservée des dégradations.

     M.P.

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1_ http://www.sante.gouv.fr/664-cas-d-intoxications-dont-3-deces-lies-a-la-consommation-de-champignons-au-cours-des-trois-dernieres-semaines.html

2_   http://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=intoxications%20bidaou&source=web&cd=1&cad=rja&ved=0CB8QFjAA&url=http%3A%2F%2Fcemachampi.blogs.sudouest.fr%2Farchive%2F2009%2F12%2F09%2Fempoisonnements-encore-le-bidaou.html&ei=8dicUNj9Eca6hAfe64G4DA&usg=AFQjCNE40uqBnQjSFE_2yY0WSDOOxEh1kw

3_ http://www.pluzz.fr/jt-19-20-aquitaine-2012-11-06-18h59.html

Bidaou : un article du Quotidien du Médecin en 2001

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En 2001, alors que des cas mortels imputables à la consommation du bidaou  étaient connus, des scientifiques français (Bordeaux, Montbrisson et la Pitié-Salpêtrière) ont tenté d’étudier les causes de la toxicité du T. equestre et ses effets. Les résultats de leurs travaux étaient publiés le 13 septembre de cette année-là dans le « New England Journal of Medicine ». Le lendemain, le Quotidien du Médecin, sous la signature du Dr Emmanuel de Viel rendait compte de cette étude.

En voici  le texte, tiré des archives de notre confrère Guy Fourré  auteur de plus de 600 chroniques hebdomadaires sur les champignons, sous le pseudonyme de « Potirinus » dans les colonnes du Courrier de l’Ouest, auteur également d’ouvrages tels « Pièges et curiosités des champignons », « Dernières nouvelles des champignons » et chroniqueur en mycologie  du « Chasseur Français » de 1995 à 2001.

Un élément d’information à joindre à ce « dossier Bidaou » qui est loin d’être refermé, après le décès de cette saison 2009 évoqué sur ce blog et l’attente d’autres publications scientifiques.

M.P. 

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Des Français (Bordeaux, Montbrisson et La Pitié-Salpêtrière, Paris) décrivent dans le  « New England Journal of Medicine» douze cas, dont trois mortels, survenus entre 1992 et 2000, de rhabdomyolyse sévère après ingestion du champignon Tricholoma equestre,
familièrement appelé bidaou ou canari.

 La légende de la photographie publiée dans le « New England Journal of Medicine» indique que Tricholoma equestre, de couleur jaune, a un chapeau qui mesure entre 6 et 8 cm de diamètre et un pied de 7 à 10 cm de haut et de 1,5 cm de diamètre.

Ce champignon, également connu sous le nom de T. flavovirens, est familièrement appe-
lé « bidaou » ou « canari» en France, « riddarmusseron » en Suède, « shimokoshi » au Japon et « man on horseback » ou « yellow-knight fungus » aux Etats-Unis.

De 24 à 72 heures
après la dernière ingestion

 Les champignons impliqués dans les douze cas décrits ont été ramassés sous des pins sur
la côte sablonneuse du Sud- Ouest français, entre la fin de l’automne et le milieu de l’hiver.
Sept femmes (de 22 à 60 ans) et cinq hommes (de 24 à 61 ans) ont été hospitalisés entre 1992
et 2000 pour une rhabdomyolyse sévère environ une semaine après avoir mangé des champignons sauvages. Tous avaient mangé au moins trois fois de suite des champignons incluant T. equestre ; aucun n’avait d’histoire de traumatisme, d’autres causes sous-jacentes connues, ou ne prenait de médicament qui aurait pu expliquer la rhabdornyolyse.

Tous décrivaient une fatigue et une faiblesse musculaire avec myalgies, principalement en haut des jambes, de 24 à 72 heures après le dernier repas contenant 1′ Equestre. La faiblesse musculaire s’est aggravée en trois ou quatre jours et les urines sont devenues noir foncé. Les patients avaient en plus un érythème facial, de légères nausées; huit d’entre eux avaient des sueurs profuses, cinq une hyperpnée.
L’examen était sans particularité.

D’emblée, le bilan a montré une rhabdomyolyse, avec des CPK moyennes à 226 067 U/l chez les femmes et à 34 786 chez les hommes. Aucune atteinte hépatique n’était évidente. Malgré l’intensité de la rhabdomyolyse, aucune insuffisance rénale n’était notée. La coagulation était normale. La recherche de parasites, d’autres micro-organismes et de maladie systémique a été négative.

Etant donné l’absence d’intoxication délibérée, les analyses ont été focalisées sur l’hypothèse  d’une rhabdomyolyse provoquée par des champignons.
Un EMG, pratiqué chez 4 patients, a montré des lésions musculaires sans atteinte des nerfs périphériques.

Une biopsie musculaire, réalisée chez 6 patients, a montré une atteinte musculaire directe. Chez les trois patients décédés, des prélèvements réalisés en divers sites ont montré une myopathie aiguë, Dans les quinze jours qui ont suivi, chez tous les patients – sauf les trois qui sont décédés -, les taux enzymatiques se sont progressivement normalisés. Chez les patients décédés, le premier signe de détérioration a été une dyspnée, suivie de l’apparition de râles dans les deux poumons, Tous les trois avaient une hyperthermie (42 °C), des
signes de myocardite aiguë, avec arythmie, collapsus, élargissement des QRS sans acidose sévère (pH: 7,37 ; bicarbonates entre 16 et 20 mmol/l), une insuffisance rénale avec hyperkaliémie et hypocalcémie. Malgré les soins intensifs, y
compris une hémofiltration pour un patient, les trois sont morts. L’autopsie a montré des lésions myocardiques identiques aux lésions musculaires chez un patient, des lésions rénales chez un autre et l’absence de lésions hépatiques.

 Des expérimentations
chez la souris

   Les auteurs ont pratiqué une série d’expérimentations chez la souris (modèle de myonécrose) qui ont confirmé que T. equestre peut effectivement provoquer une rhabdomyolyse (des extraits de T. equestre ont été préparés et administrés par gavage à une dose équivalente à celle ingérée par les patients).

Les auteurs indiquent que divers métabolites ont été isolés à par-
tir de diverses espèces de Tricholoma (triterpenoïdes, stérols, indols, composés acétyléniques) mais que leur toxicité musculaire est inconnue. Le pigment jaune de T. equestre, le 7,7′ bi-physcion , a été identifié. Toutefois, étant donné que ce, pigment est peu soluble dans l’eau, les auteurs pensent qu’il est improbable qu’il soit le composant toxique.

« La rhabdomyolyse est une affection, rare mais potentiellement fatale », rappellent les auteurs. « La compression musculaire est la cause la plus fréquente mais ni une ischémie musculaire ni un état d‘inconscience nont été notés avant le début de symptômes chez nos patients. » On a écarté une
intoxication volontaire avec des substances comme la cocaïne, des amphétamines, l’alcool, la théophylline, les phénothiazines, la p-phénylénediamine, des antihistaminiques et des antilipidiques, De même, la responsabilité de traitements pouvant provoquer une dermatomyosite ou une polymyosite (pénicillamine, phénytoïne, lévodopa, quinidine)  a été écartée par des tests. Enfin, un screening immunologique et des biopsies musculaires n’ont pas montré d’autres troubles systémiques ou de maladie de McArdle.

« Bien que l‘intoxication par les champignons ne soit pas connue pour  provoquer une rhabdomyolyse, cette série associe clairement la rhabdomyolyse avec l‘ingestion de T. equestre. »

 Un certain seuil


Etant donné que 75 % de patients ayant de fortes concentrations de CPK ont survécu, on peut envisager une susceptibilité génétique qui serait démasquée par le composé toxique de T. equestre quand la quantité de champignons ingérée dépasse un certain seuil. « Les médecins devraient avoir à l’esprit la possibilité d’une sévère rhabdornyolyse après ingestion répétée de T. equestre», soulignent les auteurs.

  Dr Emmanuel de VIEL

 

« New Enqlanâ Journal of Medicine«  du13 septembre 2001, pp, 798802. Regis Bedry, Isabelle Baudrimont, Gérard Deffieux, Edmond Creppy, Jean Pomies, Jean Raqnaud, Michel Dupon, Didier Neau, Claude Gabinskl, Sten De Witte, Jean Chapalain et
Pi
erre Godeau, avec Jacques Beylot.

Bidaou: déjà sur la sellette en 2000

Jacques Guinberteau publiait dans « Spécial Champignons Magazine » un article sur le bidaou après s’être rendu, en novembre 2000, au Porge-La Jenny, sur les lieux d’une récolte fatale à la fille de Mme C. Déjà dans cette publication, le conseiller scientifique du CEMA faisait état de tous les éléments connus qui incitaient alors à la plus élémentaire prudence vis à vis de ce champignon toxique. Voici  le texte de cet article paru sur deux pleines pages de « SCM » ,rubrique « Intox ». Bidaou toujours et encore plus d’actualité.

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On a dénombré ces dernières années dans la région du bassin d’Arcachon 8 cas de rhabdomyolyse. Cette intoxication, qui se manifeste par des douleurs musculaires et des sueurs abondantes sans fièvre et provoque la destruction des muscles striés, a causé la mort de trois personnes.

Confusions ou toxicité acquise?

 Toutes ces intoxications ont coïncidé avec la consommation du fameux « bidaou », soit Tricholoma auratum, chevalier ou tricholome doré (souvent appelé tricholome équestre, voir en pied de l’article). Le « bidaou » est-il vraiment en cause ou, comme on l’a entendu, s’agit-il de confusions avec d’autres champignons présents sous les pinèdes comme certains cortinaires jaunes du groupe Dermocybe cinnamomeus ou avec des amanites phalloïdes très enfoncées dans le sable et qui ont causé bien des accidents? Se trouve-t-on confronté à des cas de toxicité acquise par une contamination du milieu? En attendant les résultats des recherches du Professeur Deffieux, de la faculté de Pharmacie de Bordeaux et la publication de la thèse de Thomas Bouchara « Enquête sur des cas de rhabdomyolyse supposés dus à l’ingestion de T. auratum », on peut avancer quelques éléments en guise de mise en garde.

Enquête sur le terrain

 Il se trouve que sur la demande de Madame C., qui a perdu sa fille en 99, je me suis rendu avec elle sur les lieux de la récolte fatale, au Porge- La Jenny (Gironde-33). J’ai pu faire plusieurs constats lors de cette prospection du 11 Novembre 2000 :

  • 1)Le « bidaou » (T. auratum] y était abondant, typique, dans une écologie classique en dune boisée ancienne, à couvert de pins maritimes, avec strate bryo-lichenique épaisse et couvrante.
  • 2)Le » bidaou » côtoyait fréquemment des troupes d’amanites phalloïdes abondantes et profondément ensablées, notamment dans les pare feux ou pistes moins stabilisées.

3)J’ai pu me rendre compte que cette personne connaissait parfaitement le « bidaou », et à mon avis on peut exclure une possibilité de confusion avec un champignon mortel connu. Ce qui corrobore la symptomatologie de type rhabdomyolyse et non pas hépatique que provoquerait une intoxication avec des amanites, par exemple.

  • 4)Une éventuelle toxicité induite par pollution ou contamination des écosystèmes semble également exclue. La zone en question est « loin de la civilisation », sans foyer industriel de proximité, ni route importante ou autre, pas de décharges sauvages, rien que de la belle pinède atlantique!

Le  » bidaou  » incriminé

Même si pour l’instant nous n’avons pas connaissance de la toxine responsable des intoxications, il semble bien que le « bidaou » soit incriminé. Tous les cas connus d’intoxication gravissimes ou mortelles, après ingestion de T. auratum ont comme dénominateur commun :

– Une « overdose » par hyper consommation irraisonnable et à répétition, plusieurs jours consécutifs de repas à base du Tricholoma auratum;

– une symptomatologie commune à tous les cas connus, de type rhabdomyolyse ;

– une localisation « centrée » Aquitaine voire Gironde, où le champignon est particulièrement abondant, sans aucune comparaison avec les autres régions de France où il existe;

– puisque tous les convives n’ont pas été affectés, une sensibilité particulière des victimes semble probable.

Attention aux excès

 L’aspect cumulatif d’une consommation répétée du « bidaou » doit nous alerter et nous inciter à l’extrême prudence pour un champignon abondant, réputé inoffensif jusqu’à présent. J’ai remarqué aussi que le mycophage est de plus en plus irresponsable par pillage (forêt domaniale surtout !) à pleins paniers (au-delà du raisonnable au niveau familial) d’une ressource alimentaire gratuite, abondante, et renouvelable. Le cas du « bidaou » est symptomatique, et répond dans une certaine mesure « au sevrage des Bordelais » en matière de cèpes, dû à des mauvaises années et à la recherche de rentabilité des propriétaires forestiers en matière de champignons sylvestres, interdisant l’accès aux « champignonneurs ».

Toutefois, ces mésaventures parfois tragiques invitent à un changement de comportement du citadin mycophage. Ce n’est pas parce que les champignons sont gratuits et abondants qu’il faut en abuser. La consommation journalière, massive et répétée d’une même espèce peut révéler de bien mauvaises surprises.

Jacques Guinberteau

 

Les différents milieux du tricholome « équestre » s.l.

Ce que l’on a appelé tricholome équestre regroupe en fait deux espèces distinctes : Tricholoma flavovirens qui apprécie l’étage collinéen et montagnard en climat plus continental et Tricholoma auratum ou Tricholome doré, qui abonde en novembre-décembre, principalement sur les milieux dunaires du littoral aquitain (surtout, mais non exclusif à la côte !), souvent dans les dunes faiblement stabilisées, à faible taux de matière organique. Sa niche écologique est surtout partagée entre 2 situations :

  • – Soit dans la frange littorale, zone de transition entre la dune noire non boisée et les fourrés préforestiers (la zone de «combat» des forestiers!), là où sont torturés les pins maritimes par les tempêtes et vents de sable. Il faut remarquer que c’est dans cette zone de mouvance, qu’il y a des apports de sable neuf (blanc, faiblement chargé de matière organique), lieu de prédilection du «bidaou». C’est aussi dans cette zone pionnière que l’on trouve de jeunes générations de pins maritimes, mycorhisés juvénilement par le «bidaou» (typiquement mycorhizien de stade précoce ou «early stage fungi»).
  • – Soit sur dunes anciennes boisées avec pinède plus âgée: les dunes boisées trop fixées ou trop anciennes, à strate bryo-lichénique développée, présentent des «bidaous» généralement plus maigres ou chétifs et inégalement abondants…

J.G.

Un mort par empoisonnement : encore le bidaou!

Bidaou-danger!.jpgLe Centre anti poison de Bordeaux a encore eu à connaître des cas d’intoxications dûs vraisemblablement au Tricholoma auratum appelé Bidaou sur la côte atlantique . Un couple de Toulouse a cueilli en grande quantité des tricholomes dorés à Lacanau, en a consommé à chaque repas pendant trois à quatre jours et des douleurs musculaires venant, le centre anti-poison a été contacté. L’homme est décédé hier à l’hôpital. La femme est encore hospitalisée à Purpan et son état est jugé préoccupant à l’heure où nous mettons cette information en ligne (9/12/2009).

La nouvelle de ce nouvel empoisonnement par accumulation d’ingestion de Tricholoma auratum a fait le tour, aujourd’hui 9 décembre 2009, du réseau de mycologues girondins qui attirent, souvent en vain, l’attention de ceux qui le consomment sans précaution. Des morts se sont déjà produites selon ce scenario de surconsommation provoquant une rabdomyolise  (1) qui est une atteinte des muscles pouvant être fatale. D’ailleurs, en 2005, la vente et la distribution du Bidaou (Tricholoma auratum) et du Tricholome equestre (Tricholoma equestre) ont été interdites (2), la toxicité ayant été officiellement reconnue en 2001.

Reste que, ainsi que nous le relatons par la suite, il existe un gros risque de confusion entre le Bidaou et l’Amanite Phalloide.

1_ http://fr.wikipedia.org/wiki/Rhabdomyolyse

2_ Des études à paraître prochainement démontrent que, génétiquement, il n’y a pas de différence entre Tricholoma auratum, qui pousse sur la côte essentiellement et Tricholoma equestre plus fréquent à l’intérieur des terres. Certains auteurs estiment qu’il s’agit là du même champignon.

                                                                                                                   Michel Pujol

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Quand on entend parler d’intoxications supposées avec le Bidaou, la confusion avec des Amanites phalloides vient à l’esprit car, souvent, l’aspect jaune verdâtre de leurs chapeaux respectifs peuvent tromper les mycophages trop rapides qui coupent le pied pour éviter de trop ramasser de sable en même temps. Dans ce cas, la volve de l’amanite reste en terre et l’anneau, quand il existe encore, disparait sous la lame du couteau.

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En revanche, les lames du Bidaou sont jaunes alors que celles de la Phalloide sont d’un blanc immuable. Seulement il est habituel dans les régions de récolte que ces champignons remplis de sable soient plongés dans l’eau lames dessous pour faire chuter ces grains qui crissent entre les dents. Ainsi naissent des méprises fatales car s’il est, jusqu’à présent, vérifié, que trop de Bidaous à répétition c’est dangereux, il est sûr qu’un peu de Phalloide une seule fois fait passer de vie à trépas d’autant plus insidieusement que les symptomes arrivent très tard et que l’atteinte est alors déjà sévère.

Que faire? Etre absolument sûr de ce que l’on récolte avant la casserole et faire une croix sur les Bidaou car on le soupçonne aussi, comme d’autres champignons, de provoquer un effet retard a contrario d’une vaccination qui vous immunise pour la suite. Certains champignons sont tolérés une fois, deux fois et une autre fois on découvre qu’on y est allergique avec des effets plus ou moins désagréables. J’entends d’ici celles et ceux qui en mangent depuis longtemps, à qui ça fait rien etc… Un mort ça fait réfléchir n’est-ce pas. Plutôt que les Bidaous ramassez, sur les mêmes lieux, à la même époque, les chanterelles à pied jaune (Craterellus lutescens). Dans une prochaine rubrique nous trouverons bien le temps de vous dire à quelle sauce je les accomode. Avec des lardons, du vin blanc, de la crème fraîche et un filet d’Armagnac. Ce pourrait bien être l’objet d’une prochaine rubrique.

                                                                                                                        M.P.

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